L'autre jour, en me balladant sur le site de France Info, v'la t'y pas que je tombe sur une news fort intéressante : Bercy, sûrement lassé de se faire traiter de moins que rien à chaque nouveau bugdet par ces bouseux qui n'y connaissent rien, avait décidé dans un grand élan pédagogique de proposer aux françaises et aux français de tenir les rênes du budget . Non, vous ne revez pas, encore mieux que le père Noel (parce que Budget, c'est vachement plus sympa comme nom de renne que Rodolphe). Aux contribuables étaient donc offert les milles délices liés au remboursement de la dette.
N'ayant pas grand chose à faire sur le moment (ce qui certes, ne change pas vraiment de d'habitude), je décidais, rongé par la curiosité, d'aller voir de quoi il en retournait. Le jeu français sera-il meilleur que son collègue japonais (que j'aurais bien aimé essayer mais j'ai pas réussi à le trouver sur leur site à la con. Oui, celui du ministère des finances japonais ... A-t-on idée de remplir un site de kanjis... Comment font les honnêtes gens pour se repérer dans ce bordel ?)
Bon, premier constat, c'est encore un truc en flash. Mes tympans sont bercés par une musique de fond que ne renierait pas un compositeur de musique d'ascenceur en phase terminale d'une quelconque maladie surement très douloureuse, humiliante et aux conséquences peu esthétiques. Que faut-il faire ? Tout d'abord remplir son nom... Bon, c'est sans doute le test initial pour vérifier si le contribuable joueur sait lire, car dans contribuable... Je rentre donc un pseudonyme innocent qui ne permettra pas aux RG de remonter jusqu'à moi et passe à la suite.
Soyons fous : je clique sur Démarrer. Je sens confusément que je m'engage sur un chemin pavé de moults embûches et divagations. Je ne sais pas encore à quel point je peux avoir raison.
Première étape : partant du principe que je suis incompétent, le programme m'envoie à la bibliothèque à bord d'une berline qui doit tourner au diesel vu ce qu'elle crache. Mais on ne me la fait pas à moi, je suis fort, je suis grand, je suis beau, je suis un troll du chaos et je vais directement à la case Bercy pour la première épreuve.
Houla que c'est dur... Il s'agit de jouer à une espèce de tetris et d'amener sur la case recette des briques avec marqué dessus "impots" et sur la case dépenses des briques surmontées d'indications comme "salaire de ces feignasses de fonctionnaires" (comment ça je surinterprète ?).
Je gère comme un dieu et attends la réaction des journalistes. La confirmation ne se fait pas attendre : je suis un dieu (option "je sais déplacer des briques bleues qui tombent du ciel")
La deuxième épreuve (je sais, c'est pas beau, mais c'est pour l'effet dramatique. Et ne vous plaignez pas, j'aurais pû mettre du vert caca d'oie au lieu du jaune) m'attend déjà, avec la volonté affichée de calmer mon enthousiaste arrogance. Il s'agit de déterminer si certaines dépenses sont du ressort de l'état ou font parties des incompétences territoriales.
Tout au long de cette passionante partie, je cherche vainement à baffer ce présentateur au regard plus que chafouin. Cependant, personne ne semble avoir implémenté ce qui m'aurait fait l'effet d'une idée géniale. Tant pis, je reviendrai plus tard avec un aspirateur...
A l'issue de ce questionnaire, le constat est amer. Ma prestation fut moins glorieuse que lors de l'épreuve un. Cependant, la presse semble n'en avoir cure et continue sa fellation médiatique. Je torche tout.
Passons donc à la troisième épreuve (eh, vous voyez bien, c'est encore pire en vert caca d'oie). Ah ah !! Du calcul mental !!! Tout torcher je vais ! Et tout torché j'ai. On remarquera quand même qu'au cours de cette épreuve d'un niveau assez impressionnant pour renvoyer un cours élémentaire à ses chères études, on s'adresse et surtout on sait parler à tous les publics.
Là, c'est la version qui permet de bien se faire comprendre des pauvres qui comme chacun le sait, sont smicards, portent la moustache (discriminant social fort), la raie de coté et un bleu de travail. Non, ami le jeune qui travaille au Quick pour payer tes études, tu n'es pas pauvre car sinon tu serais fort laid et tu aurais de vilaines bottes noires (oui, comme celles des méchants SS) alors souris à la vie et arrête de faire chier les gentils politiques qui se trouent le cul pour équilibrer le budget nom d'un p'tit bonhomme ! (Comment ça je continue à surinterpréter ?)
Là, c'est pour la version pour les riches. Je dirais même, pour les riches compagnies aériennes d'Asie du Sud Est. Malheureusement, je suis peu convaincu que le CEO de Singapore Airlines aille faire un tour sur ce site. Mais c'est l'attention qui compte, il faut pouvoir s'adresser à tous les publics (un observateur attentif remarquera d'ailleurs qu'ils ont omis de proposer des sacs d'engrais pour nos amies les plantes internautes, du RonRon ainsi que des masques de hockeyeur maculés de sang, mais je m'égare...)
Je passe sur la navrante tentative de mise en abîme de la part des développeurs qui tentent de me faire croire que leurs idées minables sont les miennes. Ceci bien sûr afin de me pousser au suicide dans le but non avoué de réduire le nombre de vainqueurs potentiels. Je continue alors mon périple vers la quatrième épreuve (le mauve c'est pas mal non plus remarquez). Je n'ai qu'un espoir : que les choses sérieuses commencent enfin. Bon, soyons honnête, mon voeu a en partie été exaucé puisque ça commence à devenir sérieusement pathétique... Voici la quatrième épreuve (cela dit, c'est con qu'il y ait pas d'option pour faire clignoter le tout...) :
Des années de pratique sur les jeux me permettent néanmoins de me sortir avec brio de cette pitoyable épreuve à la métaphore mal placée (je l'aurais plutôt vue au fond à gauche...). Je reste néanmoins sceptique face à l'apport pédagogique censé me permettre de mieux comprendre le fonctionnement du budget. Dans le même temps, du coté des quotidiens, c'est de la folie furieuse, on atteint carrément l'orgasme éditorial : "Les frères Montgolfier enfoncés par Edgar le canard", "quel talent ! " ou encore "oh oui, je le sens ton gros budget". Je pourrai toujours me consoler après la partie en disant que j'ai fait de l'effet quelque part...
Ensuite vient le temps des questions de ces fourbes journalistes sur mon budget. Je dois donner les grandes priorités du futur budget. Ca va aller vite... Alors oui, j'aime bien les scientifiques et ils auront plein de sous, non, les autres fonctionnaires n'auront rien, oui, la dette m'emmerde bien, non, je ne pense pas que lui offrir une thalasso à Quiberon pour lui permettre de maigrir soit la solution, oui, c'est du tergal, vous aimez ?, non, pas de café, oui, une crème brulée et l'addition. Résultat des courses, ces ordures pensent que je suis un sale rapiat... Je suis dans un bon jour, je laisse passer.
Mais voilà que se présente déjà l'épreuve suivante (qui est la cinquième épreuve, si vous avez bien suivi) : la balance budgétaire. Il va falloir affecter des recettes aux dépenses afin d'équilibrer le budget. Le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne sont pas à une métaphore près par ici. Si, si. La preuve en image :
Je passerai sur les fonds sonores de supermarché et les petits bruitages dignes des meilleures pubs pour dentifrice lorsqu'on trouve le bon résultat. En plus, cette épreuve me donne l'impression d'avoir été programmé par un pingouin atteint d'alzeihmer parkinsonien. On ne sait pas trop ce qu'on fait ni à quelles sommes correspondent les poids que l'on manipule. J'y vais donc au petit bonheur la chance et joue à la marchande avec une joie non dissimulée vu qu'il n'y en a pas.
Je m'en tire honorablement mais quelques p'tits cons ont cependant décidé de se faire plaisir. Les calembours de la presse s'enchainent aux bons mots. "Une balance à Bercy ?" Ah, ah, ah. Je pouffe. Décidement, pour atteindre un tel degré d'humour, les programmeurs devaient bouffer au déjeuner les clowns qu'ils avaient sucés durant la matinée avant se taper les compilations des "désopilants désagréments d'Armand l'élan" pendant l'après-midi.
Allez, direction l'étape suivante : l'institut du futur. L'objectif est de nous montrer ce qui va se passer dans quelques décennies, histoire de voir les influences de nos futures décisions à long terme. Bon, soyons clair, quel que soit le truc que l'on regarde, dans 30 ans, la France est dans une merde plus noire que l'intérieur du rectum d'un coelacanthe planqué au fin fond de la fosse des Mariannes. Cyber budget, un jeu pour aider la fuite des capitaux ?
Mais voilà que se profile la sixième épreuve (j'avais pas essayé le saumon, c'est pas mal du tout je dois dire): profiler (et voilà que se profile le profiler, ah ah ah, le bon mot du siècle !). Ici, c'est simple. On vous donne les prévisions pour les tendances de l'année à venir et il faut dire "c'est plus", "c'est moins" ou "mmmmh, ouiiiiiii, c'est booooooooon". D'aucuns l'auront remarqué, il manque l'option "je m'en bats les sboubs", ce qui est fort fâcheux mais nous ne sommes plus à un oubli près. Je continue donc mon périple en répondant du mieux que je peux, c'est à dire au hasard.
Le constat de la presse est sans appel : je suis une merde... Je sens que les CRS vont finalement avoir droit à la prime spéciale qu'ils réclament depuis si longtemps. Celle-la même qui sera acordée en cas d'introspection anale de caméra sur journaliste. Car maîtriser le budget, c'est aussi pouvoir faire ça !
Et enfin, c'est la dernière épreuve, celle que j'attendais depuis le début avec autant d'excitation qu'un pitbull qui se demande si son prochain terrain de jeu sera un hospice ou un jardin d'enfant. Le but du jeu est de se ballader sur la jolie carte pour répondre (ou pas) aux demandes des contribuables ou des différentes collectivités locales ou internationales ainsi que pour prendre connaissance des économies sur les dépenses ou de nouvelles recettes afin de décider de leur attribution (rembourser la dette ? Pour les dépenses futures ? Détourner l'argent sur les comptes occultes de mon parti politique ?). On peut voir en direct l'ensemble des dépenses, des recettes ainsi que le déficit qui en résulte. On a même droit aux indices d'opinion nationale et internationale.
Voici un exemple d'événement qui peut survenir. Attention, ça décoiffe :
On remarquera ici que la France rurale est représentée de façon très cosmopolite. Alors soit les choses ont fortement changé depuis que j'ai quitté notre riant pays soit c'est une commission de l'ONU qui tente de se faire passer pour le conseil général des pyrénées atlantiques afin de récupérer quelques crédits (vous remarquerez d'ailleurs qu'on parle du sud du pays. Mais de quel pays, hein, bande de petits sacripants ?). Le doute est trop fort, je coupe les crédits. De toutes façons, à quoi sert une autoroute dans le sud hein ? Z'auront qu'à marcher, ça leur fera les pieds à ces feignasses !
A la fin de chacune des 3 années que compte le jeu m'est présenté un bilan dont voilà un fort bel exemple :
Puis, après trois ans de bons et loyaux services, c'est la récompense suprême, la cerise sur le gâteau, que dis-je, le bidon d'essence sur le bûcher d'hérétiques. Bref, la magnifique conclusion d'une non moins grandiose simulation : une vidéo avec Jean-François Copé, ministre ès soussous dans la popoche, himself.
Il faut d'ailleurs savoir qu'il existe au moins deux versions de cette vidéo : celle dite du "gagnant" où Copé déclare que putain, tu es fort, tu as su gérer tous les aléas de la gestion du budget et qu'il te propose de venir boire une bière avec lui à Bercy pour parler avec émotion de la grande campagne budgétaire de 1903 (restée dans les mémoires comme celle où le ministre de l'époque avait tenté de transformer 5 tonnes de rats en or massif pour combler le trou du budget. Finalement, après un humiliant échec, son cadavre a nourri les rats en guise de repentance. Triste histoire...).
Il y a aussi la vidéo dite du "perdant" où un Copé tout sucre tout miel te dit que tu as pu découvrir que gérer le budget, ce n'était pas aussi facile qu'on le croit, qu'il faut savoir prendre les bonnes décisions au bon moment et qu'il te souhaite bonne chance pour la prochaine fois. Ce qui donne peu ou prou, une fois le message délangue-de-boitisé : bon, espèce de sale pauvre/anarchiste/fonctionnaire/socialiste/budgéteur du dimanche, tu viens de passer pour un gros blaireau alors tu arrêtes de me gonfler avec ta pseudo science budgétaire et tu retournes jouer dans ton bac à sable idéologique en regardant l'équipe de France se faire humilier pendant que les grandes personnes jettent l'argent de l'état par les fenêtres travaillent.
Vient l'heure du bilan. Oui, tu peux rentrer bilan, c'est ton tour. Enfin.
J'ai recommencé deux fois cette douloureuse expérience. J'ai "gagné" deux fois (la première à l'instinct puis à la rapiat lors de la troisième tentative) et donc "perdu" une fois alors que je tentais de jouer à l'expérience, ce qui fut désastreux.
Je passe sur toutes les épreuves préparatoires que j'ai décrit en long, en large, en travers et soyons fous, en hauteur, pour me concentrer sur l'épreuve finale qui est quand même censée être le morceau de choix de cette fantabuleuse tentative pédagogique. Finalement, on se demande si on n'est pas en face d'un pied de porc grossièrement déguisé en côte de boeuf (je sais que certains aiment le pied de porc, peut-être plus qu'une côte de boeuf, mais aux dernières nouvelles, je suis le maître de cet espace et donc libre d'imposer mes goûts culinaires). Quoiqu'on fasse, les grandes tendances économiques qui rythmeront les trois années seront les mêmes.
Par ailleurs, on se sent parfois impuissant face aux événements car c'est le programme qui décide de l'apparition des seuls vecteurs d'interaction de cette simulation. Et ce de façon plus ou moins aléatoire semble-t-il. Ainsi, il peut ne rien se passer pendant 3 mois et d'un seul coup, paf, voilà 4 demandes qui tombent en même temps assorties d'un message à forte consonance "bouge toi le cul, grosse feignasse ! Tu vois pas que les Français attendent que tu prennes des décisions ou t'es juste con ?". J'avoue apprécier moyennement.
En outre, on se mange en moyenne un pétrolier sur les côtes tous les 1,5 ans (mais on ne propose pas de sous louer les côtes françaises pour se débarasser du problème) et les possibilités d'augmenter les recettes ou de réduire la dette sont trop limitées : pas moyen de faire grimper la TVA de 4 points, ce qui serait quand même le meilleur moyen de faire disparaître cet affreux déficit (Et de couler l'économie du même coup, certes. Mais on a rien sans rien et le jeu ne simule que 3 ans, donc les effets à moyen terme, je peux me permettre de leur dire joyeusement qu'ils peuvent aller se faire foutre, eh eh eh !)
Bref, on a l'impression d'être à bord d'un bateau sans gouvernail par gros temps en ne pouvant influer sur le cap à suivre qu'en soufflant très fort avec ses petites joues dans la grand voile. Si gérer le budget d'un pays comme la France ressemble vraiment à ça, alors cette simulation a effectivement rempli son objectif. Par contre, je tends à penser que cet heureux résultat n'a été atteint qu'involontairement...
Pour conclure, suite à l'une de mes surprenantes victoires, j'ai envoyé mes coordonnées et si j'ai la chance (ou la malédiction, je suis pas trop sûr en fait) d'aller à Bercy, cela me donnera matière à d'autres posts. Une question me taraude néanmoins l'esprit, la muse de cette grande équipe de programmeurs était-elle Garcimore ou Bozo le clown ?
Quand je serai maître du monde...
...les gens devront tous porter des sous-vêtements avec des corn flakes dessus, les illustrations comme les véritables corn flakes cousus étant admis. Comme quoi, y a pas que les goûts culinaires qu'on peut imposer via un blog !